Rencontre avec Fabien Pinckaers.
Portrait d'un entrepreneur belge hors norme, croisé à l'Odoo Experience. Disponibilité, humilité, belgitude : trois mots qui collent à l'homme.
Olivier Saintelet
Récit personnel
Il y a des rencontres qu'on devine importantes au moment où elles se déroulent, et d'autres qu'on comprend seulement plus tard, en y repensant. Ma poignée de main avec Fabien Pinckaers, à l'Odoo Experience à Bruxelles, appartient probablement aux deux catégories.
Difficile, en Belgique, de parler d'entreprise tech sans croiser le nom d'Odoo. Et difficile de parler d'Odoo sans évoquer son fondateur. Cet article tient à la fois du carnet de bord et du portrait : ce que j'ai vu du salon, ce que j'ai vu de l'homme, et ce que cette rencontre m'a laissé dans la tête plusieurs semaines après.
L'Odoo Experience, ou la grand-messe annuelle d'un éditeur belge devenu mondial
Pour situer le contexte : l'Odoo Experience est la conférence annuelle organisée par Odoo à Bruxelles, généralement à Brussels Expo. Trois jours, plusieurs milliers de participants, des centaines de sessions, des dizaines de partenaires intégrateurs venus du monde entier. C'est l'un des plus gros rendez-vous tech d'Europe organisé par un éditeur de logiciels belge.
Au programme : keynotes du fondateur, démonstrations des nouveautés produit, ateliers de formation, retours d'expérience clients, et un immense espace de réseautage où les intégrateurs, consultants, développeurs et utilisateurs finaux se croisent dans une ambiance étonnamment décontractée pour un événement de cette envergure.
10 000+
participants
300+
sessions
3
jours
120
pays représentés
Ce qui frappe dès l'entrée, au-delà des chiffres, c'est l'absence d'esbroufe. Les badges sont sobres, les stands soignés mais pas tape-à-l'œil, le café à volonté, et l'on croise indistinctement des cadres de grandes entreprises et des fondateurs de petites start-up venues présenter leur intégration métier. Cette horizontalité, on le verra, n'est pas un accident.
La rencontre : disponibilité d'abord, statut après
Je l'ai croisé entre deux conférences, dans un couloir bondé. Je m'attendais, naïvement, à voir un homme entouré d'attachés de presse, de gardes du corps métaphoriques, d'un entourage filtrant les sollicitations. La réalité est tout autre. Fabien Pinckaers circule seul, ou presque. Il discute. Il s'arrête. Il prend le temps.
Quand je me suis présenté, en quelques mots, comme un communicant indépendant liégeois intéressé par les modules CMS et marketing d'Odoo, il a écouté avec une attention sincère. Pas la politesse polie d'un fondateur en mode public relations, plutôt l'écoute d'un ingénieur qui vous demande tout de suite des précisions concrètes : quels usages, quels clients, quelles frustrations, quelles attentes.
L'échange a duré quelques minutes, peut-être cinq. Suffisant pour mesurer la qualité d'écoute d'un homme à la tête de l'une des success stories tech les plus impressionnantes d'Europe. Suffisant aussi pour percevoir une posture qui détonne : aucun jargon, aucun pitch, aucune gestuelle de décideur pressé.
Disponibilité : voilà le premier mot qui s'impose, parce qu'il dit autre chose qu'amabilité. La disponibilité, c'est un choix. C'est refuser le filtre, refuser le piédestal, accepter de continuer à apprendre du terrain.
L'humilité comme méthode
Le deuxième mot, l'humilité, mérite une nuance. Cette humilité n'est pas un trait de caractère qu'on enfile pour la photo. Elle se lit dans la manière dont Fabien Pinckaers parle de son équipe, de ses produits, de ses erreurs. Lors de la keynote, il a évoqué sans détour les fonctionnalités mal conçues, les chantiers techniques sous-estimés, les retards accumulés sur certains modules.
Cette transparence, dans un univers tech qui aime survendre ses prouesses, est un repère. Elle dit quelque chose du rapport au temps long, à la construction patiente, à la rigueur d'ingénieur formé en Belgique francophone, à Louvain-la-Neuve, dans une école qui valorise la mesure plutôt que l'éclat.
Odoo a été fondé en 2005 sous le nom de TinyERP, devenu OpenERP en 2008, puis Odoo en 2014. La société emploie aujourd'hui plusieurs milliers de collaborateurs, sert plus de douze millions d'utilisateurs dans le monde, et reste pilotée depuis ses bureaux à Grand-Rosière, en Brabant wallon. Une trajectoire de plus de vingt ans, sans rachat, sans rupture brutale, et toujours dirigée par son fondateur.
La belgitude, ce mot mal aimé qui dit pourtant l'essentiel
Le troisième mot, belgitude, est plus difficile à manier. On l'entend parfois comme un raccourci paresseux ou une auto-dérision facile. Il dit pourtant quelque chose de précis quand on l'applique à Pinckaers : une manière d'entreprendre qui assume ses racines sans en faire un argument marketing, qui privilégie le pragmatisme à l'épopée, et qui cultive une forme de modestie productive devenue rare dans la tech mondiale.
Odoo n'est pas une société américaine déguisée en société européenne. C'est une société belge qui pense et travaille comme une société belge : avec une exigence technique élevée, une relation au client patiente, une communication sans grande envolée, et un attachement évident au territoire. Le siège est resté en Brabant wallon. Une grande partie des effectifs aussi. Cette fidélité au sol n'est pas anecdotique, elle structure la culture interne.
Pour un communicant liégeois qui croise toute l'année des injonctions à « scaler », à « pivoter » et à « aller chercher des marchés », observer une trajectoire aussi cohérente avec son point de départ est rafraîchissant.
Le visionnaire qui n'en fait pas un personnage
Au-delà de ces trois traits, ce qui m'a marqué, c'est de constater à quel point l'homme a une vision claire de ce qu'il construit, sans avoir besoin de la déguiser en mythologie de fondateur. Pas de récit héroïque, pas de garage californien revisité version belge, pas de mises en scène. Juste une trajectoire entêtée, presque obstinée, vers un même objectif depuis plus de vingt ans : faire un logiciel de gestion intégré, ouvert, accessible, qui marche pour des entreprises de toutes tailles.
Cette obstination est peut-être la définition même du visionnaire en mode belge : quelqu'un qui voit loin sans avoir besoin de le crier, qui avance sans se retourner pour applaudir, et qui finit par construire quelque chose d'immense parce qu'il n'a jamais cessé de creuser le même sillon.
Vision et discrétion font rarement bon ménage. Quand elles cohabitent, elles produisent des entreprises qui durent.
Ce que cette rencontre m'a laissé
Je suis reparti de l'Odoo Experience avec quelques notes, plusieurs cartes de visite, et une conviction renouvelée. Conviction que la sobriété n'est pas un handicap commercial. Que la disponibilité d'un dirigeant n'est pas un signe de faiblesse, c'est au contraire un signe de solidité. Que la belgitude assumée peut être un atout, et non un complexe à masquer derrière un anglais d'aéroport.
Fabien Pinckaers fait partie de ces figures qui inspirent davantage par ce qu'ils sont que par ce qu'ils racontent d'eux-mêmes. C'est une qualité rare. Elle force le respect sans demander l'admiration. Pour un communicant indépendant qui doit, lui aussi, construire son métier avec patience et cohérence, c'est un repère utile.
Si vous avez l'occasion d'assister à une prochaine édition de l'Odoo Experience, je vous le recommande chaudement. Pas seulement pour les démos produit. Pour l'atmosphère générale d'un événement où l'on prend les gens, et le travail bien fait, au sérieux.
Olivier Saintelet
Vingt-cinq ans en communication digitale, vidéo et IA appliquée. Basé à Liège. Utilise les modules CMS et marketing d'Odoo dans plusieurs projets clients. Belge, francophone, et plutôt content de l'être.